Les 4 étapes

Publié le par LuNa A

"[...] Nous buvons à la même source. Elle s'appelle l'âme du monde; bien que nous tentions toujours d'être des individus indépendants, une part de notre mémoire est commune. Tout le monde cherche l'idéal de la beauté, de la danse, de la divinité, de la musique.

Cependant, la société se charge de définir comment ces idéaux vont se manifester au plan réel. Ainsi, par exemple, de nos jours l'idéal de beauté est la maigreur, alors qu'il y a des milliers d'années les statues représentaient des déesses bien en chair. Il se passe la même chose pour le bonheur : il existe une série de règles que vous devez suivre, sinon votre conscient n'acceptera pas l'idée que vous êtes heureux.

Jung avait l'habitude de classer le progrès individuel en quatres étapes :

La première était la persona - masque que nous portons tous les jours, imitant celui que nous sommes. Nous sommes convaincus que le monde dépend de nous, que nous sommes des parents parfaits et que nos enfants ne nous comprennent pas, que les patrons sont injustes, que le rêve de l'être humain est de ne jamais travailler et de passer sa vie à voyager. Beaucoup de gens se rendent compte que quelquechose ne va pas dans cette histoire : mais comme ils ne veulent rien changer, ils chassent rapidement le sujet de leur esprit.

Quelques uns veulent comprendre ce qui ne va pas, et ils finissent par rencontrer l'ombre.
L'ombre est notre côté noir, qui dicte la façon dont nous devons réagir et nous comporter. Quand nous tentons de nous délivrer de la persona, nous allumons une lumière en nous, et nous voyons les toiles d'araignée, la lâcheté, la mesquinerie. L'ombre est là pour nous empêcher de progresser - et en général, elle y parvient, nous nous dépêchons de redevenir ce que nous étions avant de douter.

Cependant, certains survivent à cette confrontation violente avec leurs toiles d'araignée, en disant : "certes, j'ai un tas de défauts, mais je suis digne, et je veux aller de l'avant." A ce moment-là, l'ombre disparait et nous entrons en contact avec l'âme.

Par âme, Jung ne définit rien de religieux; il parle d'un retour à cette âme du monde, source de la connaissance. Les instincts se réveillent, les émotions sont radicales, les signes de la vie sont plus importants que la logique, la perception de la réalité n'est plus aussi rigide. Nous commençons à savoir nous y prendre avec des choses auxquelles nous ne sommes pas habitués, à réagir d'une façon pour nous inattendue.

Et nous découvrons que, si nous parvenons à canaliser ce jaillissement continu d'énergie, nous allons l'ordonner dans un centre très solide, que Jung appelle le vieux sage pour les hommes, ou de la grande mère."
Il est dangereux de permettre cette manifestation. En général, celui qui atteint cette étape a tendance à se considérer comme un saint, un prophète, quelqu'un qui dompte les esprits. Il faut une grande maturité pour entrer en contact avec l'énergie du vieux sage ou de la grande mère. [...]

[...] Non seulement les personnes, mais les sociétés sont constituées de ces quatre étapes. La civilisation occidentale a une persona, les idées qui nous guident.

Dans sa tentative de s'adapter aux changements, elle entre en contact avec l'Ombre - nous voyons les grandes manifestations de masse, dans lesquelles l'énergie collective peut être manipulée pour le meilleur comme pour le pire. Soudain, pour une raison quelconque, la persona ou l'Ombre ne satisfont plus les êtres humains - et le moment est venu d'un saut, dans lequel se fait une connexion inconsciente avec l'âme. De nouvelles valeurs surgissent. [...]

Et au terme de ce processus, pour que de nouvelles valeurs s'installent, la race tout entière commence à entrer en contact avec les symboles - le langage chiffré par lequel les générations actuelles communiquent avec le savoir des ancêtres.

Extraits de "la sorcière de Portobello" de Paulo Coelho
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