La grâce du fou

Le crépuscule arrive. Le brouillard à peine audible et les yeux à bout de lame, Elle observe son reflet dans l'eau de la source. De mémoire, elle peut dire qu'il est balbutiant de vie. Ses cheveux d'écume s'étendent sur ses épaules. De sa fenêtre, le pays s'arrondit, des collines à perte de vue. Les lanternes s'éteignent au lit de l'incendie laissant un désert à ses pieds. Il frappe à sa porte son haut de forme à la main. C'est hier, chez elle. Elle s'en souvient très bien. Un détail la frappe, une tache sur sa chemise immaculée, du sang peut être. Elle est la proie d'une ombre prise au piège. La tâche devient très grande, presque à recouvrir la totalité de l'instant, figée, elle lit un livre ouvert au hasard d'un rêve. Une évasion propice loin de son regard étrange.
Elle revient pourtant, il pénètre son intérieur, lui offre les dernières fleurs de l'automne. Une flamme dans le regard transperce, elle s'évanouit laissant son corps avide à sa merci. Dans un grand trouble, le poids de son désir sur sa chair, tout résonne, un écho. Son propre miroir l'emprisonne dans ses reliefs. Sa main longe ses courbes dont la danse ouvre l'intimité lascive. Une fièvre s'empare de sa raison. Elle titube, vacille entre ses ondes chaudes. Plus jamais elle ne reviendra vraiment.
Depuis, elle ne sait si ce rêve ou ce voyage, sphère étrange au bout du monde, passage virtuel est vrai.
Un camélia flétri cependant trône sur son chevet, laissant à jamais l'empreinte du doute.
Publicité